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Pays de Retz
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La Toponymie du pays de Retz
(Résumé de l'exposé de Roland Le MOIGNE
lors de l'Assemblée Générale 1999
de l'association des Amis du Pays de Retz)

1 - La situation géographique du Pays de Retz est complexe:

- En Bretagne. Influence de la ville de Nantes (évêché).
- Sur le littoral atlantique. Influence du domaine maritime (apports divers)
- Situé le long de l'embouchure d'un grand fleuve. Zone ancienne de pénétration des populations.
- Au sud de la Loire. Zone moins étudiée dans le cadre des études celtiques (cf études de Bernard TANGUY et François FALC'HUN).


2 - Intérêt d'une étude des toponymes.

- Une forme de conservation des langages anciens, très présente encore de nos jours.
- Ils se suffisent par eux-mêmes et assurent leur fonction d'identification sans que leur nom soit chargé obligatoirement d'une signification actuelle.
- Les anthroponymes sont plus rares: Wethenoc -> Guitteny = guerrier valeureux.
- La permanence de l'habitat.
Partout où il y a des centres humains importants (paroisse ou section de paroisse), on trouve, dans les entourages des églises, des restes d'occupation humaine. Et si, par exemple, nous devions mettre au jour toute la cité gallo-romaine d'Arthon, il faudrait raser tout le bourg !


3 - Qui a donné des noms de lieux au Pays de Retz ?

Ces noms ont été nommés et renommés au cours des temps. Chaque nouvelle culture a marqué la toponymie locale. On note que ces noms de lieux sont soit des descriptions topographiques (Pornic) ou végétales (Corsept (?), le Bois aux Nains, Vue), soit des noms formés à partir d'un nom d'homme (la Boisserpière), de saint (Saint Lumine) ou de dieu (Belle-Étoile), soit des usages ou des constructions (La Bergerie, le Pont-Neuf). Dans tous les cas, il a existé un sens premier descriptif à tous ces noms, même si certains d'entre eux nous apparaissent obscurs aujourd'hui.
3.1 - Les premiers noms explicables sont gaulois (mais le corpus contient peut-être des noms préceltiques). Les gaulois sont venus de l'est du continent européen. On peut émettre l'hypothèse que la civilisation gauloise a dû arriver au pays de Retz vers l'an -300. On y trouve quelques noms de communes: Vue (*wuidu, les arbres), et peut-être Arthon (art-don, la citadelle de l'ours), et plusieurs noms de villages, par exemple: Les Tunières (L'Estunière en St Père, de Lez - dun, le village au bord de la citadelle). À ce sujet, le terme DUN est très connu dans tout le domaine du gaulois: Issoudun, Loudun, Châteaudun, Dun-sur-Meuse, etc. II se présente sous trois écritures: DUN (Verdun), DIN (Din-Edin, devenu Edinburg), mutées en TUN (Lestun), TIN (Lestin) et TON (Arthon?).
Cependant, les noms les plus courants sont des dérivés du suffixe IAKO. On le rerouve dans les noms en -AC (Messac) en -AY (Frossay, Chauvay), en -É (Chauvé), en -Y (Prigny) en EY et en -EU (présents au pays de Retz?).

3.2 - Les noms gallo-romains. Le suffixe IAKO que nous venons de voir va être réactivé lors de l'occupation romaine, et les fundi gallo-romains seront nommés à partir du nom de leur propriétaire + le suffixe réécrit -IACUM. Sabinus -> Sabiniacum, qui a donné tous les Savigny, Sévigné, Savignac, Savigne, etc. Il reste cependant difficile d'affirmer que les noms en ac, ay, é, ey, y, soient d'origine gallo-romaine. Ce qui est certain, c'est qu'ils ont été réactivés à cette époque et qu'il sont passés par une écriture latine. Mais la plupart sont probablement des noms gaulois à l'origine, notamment ceux pour lesquels on note l'absence, dans leur constitution, d'un nom romain attesté. On peut remarquer en outre que cette façon de nommer un lieu est caractéristique du domaine géographique d'expansion de la civilisation gauloise.

3.3 - Les noms bretons. Certains apparaissent lors de l'immigration bretonne, du 3ème au 6ème siècle: Penbo = Tête de vache: Paimboeuf, Porniz = port à l'abri: Pornic, Korseg = roselière: Corsept (?). D'autres vont exister dans des sites rebaptisés lors de la reconquête catholique (vers le 8ème siècle) venue d'Irlande: Sant Gwital, Saint Viaud, Sant Brewenn, Saint Brévin, Sant Per, Saint Père. Ils porteront tous le nom du saint fondateur (St Gwital) ou d'un saint biblique (St Père) à qui l'on dédie cette nouvelle "paroisse".

3.4 - Les noms romans. Ils sont formés principalement à partir de suffixes.
On connaît au pays de Retz 4 suffixes. Les exemples ci-dessous viennent tous des environs de St Père. Merci à Colette SUAUDEAU et à Raymond CHÉNEAU, qui ont communiqué ces noms de mémoire.
- ERIE (les Moineries, la Ménagerie, la Bergerie, la Torterie, l'Ennerie, l'Épinerie, la Raterie). Pas de nom de famille à l'origine, mais souvent une fonction.
- AIS (La Pinelais, la Goguillais, La Guignardais, la Barbais, la Tiédenais, la Missaudais, la Rochelais, la Vinaudais, la Gallégrais, la Factais, la Momais, la Bridelais, la Richardais, la Giguenais, le Moulin Hunaudais, la Maulevrais, la Tansorais, les Biais, la Mariais, la Cagassais, la Riverais, la Riollais, le Petit Mottay, le Mottay, le Rigolet, La Meilleraie). Quelques noms de familles, pas de nom de fonction.
- IÈRE Ils sont formés d'un premier nom, généralement un nom de famille (parfois déformé), suivi d'un suffixe. On notera que cette façon de nommer un village est restée identique depuis la période galloromaine. (La Baraudière, de Bar(r)aud, la Grutière, la Boivinière, de Boivin, l'Estunière, à partir d'un ancien nom gaulois, la Morinière, de Morin, la Robinière, de Robin, la Guimandière, de Guimand, la Boisserpière, de Boisserpe, les Grollières, de Grollier, l'Aumondière, de Aumon(d), la Nicolière, de Nicol, la Garnière, de Garnier (*Garniérière impossible), la Pitardière, de Pitard, la Giraudière, de Giraud, la Rouaudière, de Rouaud, les Lardières, de Hardy ou Lardy, les Blottières, de Blot, la Camillère, de Camille, la Recoquillère, peut-être de Lecoq, la Marchandière, de Marchand, la Morandière, de Morand, la Maillardière, de Maillard.) On notera aussi que les noms de la majorité des fondateurs sont encore présents au Pays de Retz.
- OIRE. Ce suffixe est plus rare. (la Mandoire, la Donnoire).

3.5 - Les noms gallos. Le gallo est un parler roman de l'Ouest, parfois influencé de breton.
Exemple: La GÂTE = la maison en ruines, Les BOUILLONS = le sol vaseux, HUCHELOUP, hurle-loup, le PÉ, le BIGNON, LA NOUE, MALNOUE, LA NOUE-DES-BOIS. Ce nom dérive de NOE = Prairie inondable, Ils sont représentés par quelques noms, uniquement des noms de villages. Ce petit nombre a une explication:

3.6 - Les noms français. Ils sont liés

3.6.1 - À la végétation ou au paysage:
BOIS: le Bois-Joli, le Haut-Bois, le Bois-Régnier.
ARBRES: les Pins, le Poirier, le Chénetier, l'Épinette, Launay, la Chesnaie, le Frèche Blanc.
LANDES: la Petite Lande, la Lande-Popine, la Lande Mouron, et peut-être Glande.
MARAIS: le Marais Gautier, Le Marais-Gedeau.
PRÉS: le Pré-Gilbert, le Pré-Borgné.
l'Étang.
3.6.2 - Aux constructions humaines:
le Moulin La Rose, le Moulin Homé, le Moulin Neuf, la Virée Neuve, la Métairie-Neuve, le Pont-Neuf, le Pont-Jamet, le Pont Caillaud, le Port, le Chatelet, le Chatelier, la Fontaine Morin, la Verne, les Vannes, l'Équarissage.
3.6.3 - À des origines diverses: Louisiane, le Petit Tharon, la Carré, les Quatre Vents, le Quarteron.
Ces noms français sont apparus tardivement. Certains d'entre eux ne sont que la traduction de noms antérieurs. Or, pour fonctionner, une traduction doit être possible, c'est-à-dire que les deux langues doivent être comprises par l'ensemble de la population utilisant ces noms. C'est la raison problable pour laquelle on trouve, sur la frange littorale, plus de noms bretons que de noms gallos. Après la disparition du breton au Pays de Retz comme langue vernaculaire (vers le 15ème siècle), les noms bretons, linguistiquement congelés, n'ont pu subir de traduction. Ce maintien de noms bretons indique en outre que la disparition du breton a dû être rapide.
Les traductions sont toujours restées possibles de Français en Gallo. II est donc difficile, en l'absence de formes anciennes attestées, de dire si un nom actuellement français l'a toujours été ou s'il est le résultat de transformations successives.
3.6.4 - Quelques noms résistent à cette classification superficielle: le Potangis, les Masses (à rapprocher de La Pierre le Matz en Chauvé ?), Le Grand Ruaud (à rapprocher de La Rouaudière ?), Mondalin, Le Cernis, Mouchefaite et Le Petit Mouchefaite.


4 - Les noms du pays de Retz parmi les noms d'Europe de l'Ouest

On note, dans tous le domaine du gaulois, des noms identiques pour des lieux différents: Mediolanon = au milieu de la plaine a donné Melun, Milan, Meulan, Meillan, Meilhan, (42 noms recensés), Rennes et Redon (de Redones), Lyon, Loudun, et Leyde (de Lugdunon = le fort du dieu Lug = la ville commerçante). De même, il existe plusieurs Arthon, et Frossay est le même nom que Fronsac. Dans ce nom, FRONS a été conservé dans le nom de la commune de Gironde, alors que, corrompu dans Frossay, il se retrouve dans Saint FRONT. Les noms en BEL désignent probablement un lieu dédié au dieu soleil, nom dérivé du gaulois BELENOS (en breton moderne: Beleg = prêtre). On le retrouve dans des noms surprenants comme BELLE ÎLE, entre St Père et Frossay, BELLE-ÉTOILE à la Montagne, BELLEVUE, un peu partout. Ces noms ont été édulcorés et rendus à un sens simple probablement par nécessité religieuse, peut-être en raison du rapprochement apparent entre le mot BEL et le nom du démon biblique BAAL.


5 - Quelques exemples de noms celtiques au Pays de Retz.

SAINT PÈRE. Nom resté sous sa forme bretonne. Le nom français aurait été SAINT PITRE. II est possible que ce nom ait été un nom latin PETRUS bretonnisé, car Per n'est pas le nom d'un saint fondateur (église celtique), mais celui du premier pape (église romaine). Le nom du château de Kermoarel situé dans le bourg, atteste d'une présence bretonnante.

PAIMBOEUF. Ses armoiries montrent une tête de bovin. On est passé là de Penbo (< Penn-Buoc'h = tête de vache) à Paimboeuf en supposant que l'animal dont la tête était représentée était un boeuf. Nous avons ici le cas d'un nom breton congelé. PENBO fait partie de la série bretonne des PENMARC'H (tête de cheval), PENKASTELL (bout des falaises), PEN-HIR (tête longue), etc. désignant des points de repères côtiers caractéristiques.

LE MOULIN LA ROSE, c'est un village situé à la sortie de St Père sur la route de Nantes. On voit déjà qu'il est situé sur une hauteur (présence d'un moulin). Il ne faut pas y chercher la dédicace à une rose, mais le nom ros signifiant "colline à la sortie d'un village", que l'on retrouve dans des noms comme Perros-Guirrec et dans celui de villages appelés "la rose des vents". En outre, le nom est bien Le Moulin La Rose et non pas Le Moulin DE La Rose. Nous avons ici un "complément de nom" breton. Ce toponyme est donc composé d'un nom français, Le Moulin, et d'un nom breton, ros, confirmé par la topographie. La forme du nom breton, Milin, est proche de la forme française. On a donc eu ici possibilité d'une traduction à partir du breton. Par contre, une simple transcription de ros en rose a suffi pour le 2ème terme.

GRANDLIEU. On ne dit pas localement: "Je vais au lac de Grand-Lieu", mais "Je vais à Grand-Lieu". Là aussi, le parler a gardé dans sa tournure le sens des mots, bien que celui-ci ait disparu depuis longtemps. Grand-Lieu = Grand lac. La tournure utilisée par les habitants du bord du lac ne produit pas le pléonasme engendré par la répétition du même mot sous deux formes figées à des siècles d'intervalle ....

LA JARRIE. II existe de nombreux noms du type Jarrie, Jarriais, Jariette, etc. Ce nom dérive du gaulois et signifie "bois de chênes". On le retouve jusque dans le Sud de la France dans les noms "garouille" et "garrigue".

CAITARGANT (réécrit Coatargant). Nom d'un village situé entre St Père et St Michel. Nom breton sous sa forme du 15ème siècle. (> Koad Argant = bois d'argent = bois de bouleaux). Il faut noter que ce nom breton est écrit sous sa forme prononcée gallaise: taï = toi, maï = moi, cait = coat.

MINDIN. Nom hybride (les noms hybrides sont fréquents). La première partie est le nom breton MIN signifiant l'entrée, la bouche, l'ouverture, et le second le nom DIN que nous avons vu plus haut. Ce nom est donc passé par une phase où il signifiait "l'entrée du Din" (premier mot compris, deuxième mot incompris), pour les gens qui le citaient ou l'entendaient, avant de devenir un nom de lieu au sujet duquel plus personne ne songe à rechercher la moindre signification.

LE PETIT BRULÉ. Nom d'un village entre St Viaud et St Père. LES BRULÉS est un autre village entre St Père et Corsept. On retrouve ici l'évolution bretonne du nom gaulois BROGILOS qui signifie "terrain de landes". Ce nom a donné les toponymes français BREUIL, BREIL, BROGLIE, etc. En breton, on trouve BRULU, et ici BRULÉ, réécrit après que le sens en soit perdu, pour pouvoir entrer dans le système de compréhension de ses locuteurs.

LE CLION. Ce nom celtique signifie "prairie humide". On le trouve dans tous les pays celtiques, actuels ou passés: Irlandais Clon, Cluens, Gallois clyn, en France Clans, Claon, Cléon, Cluny, Clion dans l'Indre. En Loire-Atlantique: Les Cléons, Clin, Clunais et, donc, Le Clion.

LE TENU. Ce cours d'eau se jette dans le Lac de Grand-Lieu (pour reprendre l'appellation actuelle). Ce nom fait partie d'un groupe de toponymes bretons attestés: Teneux, Tenoux, Téno, Tanoust, Tenu (en Ille-et-Vilaine), Tanoul, Tonneau, Tyne (en Grande-Bretagne), désignant tous des vallées occupées par un cours d'eau, puis, souvent, le cours d'eau lui-même. Ces noms sont anciens (avant le 15ème siècle) et n'ont pu ensuite évoluer en raison de la disparition du Breton dans leur environnement. Le nom l'ACHENEAU peut s'expliquer par un simple chuintement du nom LA TENO. On constate en effet que les rivières autour du lac ont des noms génériques et non pas des noms propres. À côté du couple Tenu-Tcheno, on trouve la Logne, la Boulogne et l'Ognon, à partir de la racine OGN d'origine gauloise, signifiant cours d'eau morte (cf. Fagnes en Wallonie).

LE BOIS AUX NAINS. C'est le nom d'un village de Bourgneuf, sur la route d'Arthon. La prononciation "boizonains" est récente et due à l'écriture. Pour le comprendre, il faut remonter à son écriture ancienne: LE BOIS ONNINS. Et là, ce nom prend tout son sens. Nous avons le nom celtique ONNENN qui signifie "frêne", et il devient plus logique de penser "bois de frênes" que "bois où vivait une communauté de nains", comme je l'ai entendu. Le 19ème siècle, par sa période romantique, a rendu plus que mystérieux certains noms de lieux que la toponymie expliquait beaucoup plus simplement. C'est de cette façon que les Bois au Fay, Roche au Fay, (fay = hêtre) sont devenus des Bois aux Fées, et des "Roches aux Fées". Ce nom ONNENN est connu dans tout le domaine celtique actuel: OUNENN en Cornique, ONEN en Gallois, UNN en gaélique d'Irlande, UIN en gaélique d'Écosse. Ce village de Bourgneuf est le point le plus au sud en Europe où l'on trouve le nom de cet arbre sous sa forme celtique.


Conclusion:

Au Pays de Retz, nous retrouvons des noms vieux de plusieurs milliers d'années, alors que d'autres continuent d'être créés, comme La Lande des Vents entre St Père et La Sicaudais. D'autres enfin, à peine créés, disparaissent, comme "Le Radar" près des Biais en St Père. Certains noms de lieux ont résisté au temps, parfois en évoluant selon des lois connues. Le Pays de Retz a conservé dans sa toponymie trace des différentes civilisations qui ont vécu sur son sol: préceltique (?), gauloise, bretonne, romane, française (Y a-t-il des noms d'origine germanique directe?).
En ce qui concerne les noms de villages cités, ce sont surtout des noms très proches de St Père. La lecture d'une carte détaillée nous indique que les classements dégagés se retrouvent dans tout le Pays de Retz. Découvrir notre richesse culturelle peut consister à gratter le vernis qui masque parfois des noms tout simples que nous voyons tous les jours au bord de la route.
 
 
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