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Le dragon de l’Argoat
aquarelle

Texte de Ghislain Audion

Aquarelle de Brice Audion


Dans le péyis des bouails,
Un emayant dragon
S’anijit dans n’ine foraille
A la fouriere de Nante.

Oul entendé ine brâillerie emayante
D’la bute de Martray,
E pis d’emayantes huch’ries
Dou quarquer dou Marchix.

Dans les bourines de Nante,
La pour e pis l’tabut regniont.
Des paillisans e pis des marchands
S’en aliont tos les jours.

Les z’abateus de bouail i se ramâssiont pâs,
E pis les chasseus i rariviont pâs oussi,
Le dragon denaprant tos les z’ôzouz.
Le monde i s’emayiont d’sa venue en vile.

Des z’enfants adlaizis,
Qui se promeniont dans la foraille,
I z’ouayirent la grand-béte endemonaille
Qui avançé enteur les arbrs.

I bufé nervouzement
Crachant son feu dou Guiabe a li.
Il aperce-ouayit pâs les z’enfants
Qui s’enfouirent epouvrails

I z’arivirent biroillant
Su la grand’piace dou Marchix.
Epouvrails par la béte,
I contirent leu istouère.

Le dragon oux zieus d’fiamme
Il avé des z’ales e pis des grifes,
Ine longue qheue d’vermine
E pis ine mâchouere ferieûze.

Pendant des jours e pis des nets,
Les Nantéz i peurirent la Boune Vierje
E i junirent pieûzement
Que l’dragon i lous lésseje vivr.

Tois valants chevaliers
Benits par l’evéque de Nante,
I s’en’alirent a l’ataque dou dragon,
A chouaoues e pis beun’armails

L’evéque, si les nobls lou tuiont,
I promettit a ses fideles parouessiens
De bâti ine belle chapelle
A Nouteure-Dame-de-Miséricorde.

Le promier, d’sus son chouaoue nouèr a li,
Il ouayit la mâchouere dou Guiabe e pis la mort.
Le segond, d’sus son chouaoue bianc a li,
I tirit des fieches e i li fezit maou.

Le dargner, d’sus son chouaoue rous a li,
I li mit a jenoillon avec l’epaille.
I li copirent l’emayante téte
E i rev’nirent en triyonfe a Nante.

Ou pâssaije de l’incrayabl béte,
Le monde i s’ebeuriiont e pis i se peursigniont,
Davant les dents d’afut dou dragon
Qui ressembllé pâs a oucun animaoue.

Ou li detachit la mâchouere dou bâs
Pour la piacer dans n’ine bouéte en arjent.
Ine procéssion amenit le priz
Jusqu’ou terzor d’la catedrale.

Si, a la chapelle de Miséricorde
Tu vas pour peurier,
Reqheuillis-té davant les vitraoues
You les tois chevaliers i sont peinturails.

E pis si, dans la foraille d’Argoat,
T’entens des hul’ries,
Aye pouèt pour, ce n’ét que des loûs.
Le dragon i n’ét pus e pis i s’ra jamés pus.

Dans le pays des bois (1),
Un terrible dragon
Dans une forêt (2) s’installa
A la lisière de Nantes.

Des cris atroces s’entendaient
De la colline de Martray,
Et d’effroyables rugissements
Du quartier du Marchix.

Dans les chaumières de Nantes,
La peur, l’inquiétude régnaient.
Des paysans et des marchands
Tous les jours disparaissaient.

Les bûcherons ne rentraient pas,
Les chasseurs ne revenaient pas,
Le dragon tous les imprudents dévorant.
Sa venue en ville les gens redoutaient.

Des enfants insouciants,
Qui dans la forêt se promenaient,
Virent le monstre démoniaque
Qui entre les arbres avançait.

Il soufflait nerveusement
Crachant son feu du diable.
Il n’aperçut pas les enfants
Qui s’enfuirent apeurés.

En pleurs ils arrivèrent
Sur la grande place du Marchix.
Par la bête épouvantés,
Leur histoire ils contèrent.

Le dragon aux yeux de flamme
Avait des ailes et des griffes,
Une longue queue de serpent
Et une énorme mâchoire.

Pendant des jours et des nuits,
Les Nantais prièrent la Vierge
Et pieusement jeûnèrent
Pour que les épargne le dragon.

Trois braves chevaliers,
Bénis par l’évêque de Nantes,
A cheval et bien armés,
Du dragon partirent à l’assaut.

L’évêque, si les nobles le tuaient,
A ses fidèles sujets promit
D’ériger une belle chapelle
A Notre-Dame-de-Miséricorde.

Le premier, sur son cheval noir,
Vit l’infernale mâchoire et la mort.
Le second, sur son blanc cheval,
Tira des flèches et lui fit mal.

Le dernier, sur son cheval roux,
Avec l’épée, le mit à genoux.
Ils lui coupèrent l’horrible tête
Et en triomphe revinrent à Nantes.

Au passage de l’incroyable bête,
Les gens s’exclamaient et se signaient,
Devant les dents acérées du dragon
Qui à aucun animal ne ressemblait.

La mâchoire inférieure on détacha
Pour la placer dans une boîte d’argent.
Une procession le trophée amena
Jusqu’au trésor de la cathédrale.

Si à la chapelle de Miséricorde (3)
Tu te rends pour prier,
Recueille-toi devant les vitraux
Où sont peints les trois chevaliers (4).

Et si, en forêt de l’Argoat,
Des hurlements tu entends,
N’aie pas peur, ce ne sont que des loups.
Le dragon n’est plus et ne sera jamais  plus (5).

(1) L’Argoat en breton.

(2) Vaste forêt qui s’étendait du château de Sesmaisons, route de Vannes, jusqu’à Sautron et Saint-Herblain.

(3) La chapelle fut érigée à l’endroit actuel du cimetière de Miséricorde. Détruite puis rebâtie en 1544, elle fut à nouveau abattue en 1793 et disparut complètement vers 1822.

(4) Une inscription accompagnait les vitraux: “Un roi dessus un blanc cheual/Tire de l’arc pour faire mal/Un autre sur un cheual roux/Tire l’épée tout en courroux/L’autre sur un cheual noir/Vit la mort et l’infernal manoir”.

(5) Ange Guépin, dans son “Histoire de Nantes”, situe la construction de la chapelle de Miséricorde en mémoire de la tradition du dragon en 1026. Stéphane Pajot, dans son livre “Mystères de Nantes et de Loire-Atlantique”, parle d’une légende du VIIIème siècle.

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