Page
                    d'entrée
Musée
Pays de Retz
Plan du site
courrier-renseignements
                    pratiques
LE LONG FUT
    Dans le Pays de Retz, les vendanges se terminent. Des pressoirs, presses modernes horizontales ou vis sans fin, les raisins pleurent leurs dernières larmes d'or ou de rubis. Le chagrin est le même, sous l'oeil bienveillant et fatigué de l'ancêtre au long fût, au repos dans un coin du local depuis tant d'années... Et pourtant, dans sa jeunesse, il en a pressé entre ses poutres, comme un amoureux entre ses mains, des milliers de raisins...

    A partir de cinq ou six beaux chênes, les charpentiers du pays, pendant plusieurs semaines, l'avaient construit solidement.

   La poutre inférieure, de 6 à 7m de long et de 0,70 à 0,80m de côté, était un très bel arbre équarri à la hache. Elle reposait sur deux madriers larges et épais: les semelles. A l'avant et à l'arrière, sur ces semelles, prises par des tenons de chaque côté de la poutre, étaient fixées les jumelles, pièces de bois verticales issues d'un arbre scié en deux sur sa longueur. A l'arrière, elles étaient fixées à la semelle par deux grosses ferrures coudées en forme de pentures anglaises. Leur hauteur atteignait environ 3m. Les jumelles avant, tout comme les jumelles arrière, étaient reliées entre elles à leur sommet par une grosse pièce de bois: le chapeau. Sur la longueur, les jumelles d'un même côté étaient rendues solidaires l'une de l'autre par un ou deux tirants superposés, encore reliés entre eux par des croisillons.
    Dans ces jumelles, à mi-hauteur, étaient pratiquées des ouvertures de 0,80m de haut et de 0,10 à 0,15m de large: les lumières. On y faisait coulisser les aiguilles, demies ou quarts. Ces pièces de bois très dur, toujours en cormier, de 1m de long sur 0,12 x 0,07m , supportaient au repos la poutre supérieure qui était mobile entre les jumelles.
    Taillés dans de grosses branches arquées, des arcs-boutants prenant assise sur la semelle renforçaient le pied des jumelles.

    La haute maie était une sorte de grande caisse dans laquelle était entassé le raisin pour son pressurage. Son fond était formé de madriers de chêne, dont les hauts et les côtés étaient encastrés de quelques centimètres dans un cadre formé de quatre grosses pièces de bois de 0,20 x 0,30m de côté. C'étaient les banchots. Les madriers du fond, épais de 5cm, étaient rendus étanches entre eux par un joint fait avec du jonc de tonnelier. Un système de chevilles et de coins en forme de triangle rectangle assurait un serrage parfait dans les angles. Tout cet ensemble reposait sur la poutre inférieure.
    La basse maie, de construction semblable, servait au stockage du raisin en grande abondance. Elle reposait au niveau du sol sur de grandes pierres plates afin d'éviter un contact direct avec le sol humide. Toutes les pièces de bois situées au niveau du sol en étaient isolées de la même façon.
 

    Pour extraire le vin, le raisin, après avoir été foulé à la vigne dans les portoirs (ou basses), était encore passé dans un moulin formé de deux cylindres cannelés, en fonte, posés sur quatre pieds et actionné par un vendangeur. Ce moulin à vendange était posé dans la basse maie. Au fur et à mesure que le raisin était broyé, le jus s'écoulait dans le jarlot, cuve en bois logée en terre sous le niveau de la basse maie. Le liquide s'écoulait par une ouverture pratiquée dans le banchot: c'était l'anche, où les gamins, à l'aide d'une paille, aspiraient le moût.
    En sortant du moulin, cette vendange était chargée à l'aide d'une fourche dans la haute maie. Là, un homme, tenant dans la main droite une planchette de 0,20 x 0,20m munie d'une poignée, construisait le cep en serrant la vendange de sa main gauche. Cette construction avait une forme légèrement pyramidale et un passage de 0,20m à 0,30m existait entre ce tas de raisin broyé et les banchots. Si le raisin était gras ( noah, bacot blanc, berty ), un peu de paille était dispersée à différentes hauteurs sur le pourtour du cep, afin d'empêcher le raisin de glisser.

   Lorsque tout le raisin était entassé, on procédait à l'habillage du cep. A chaque coin était plantée une petite cheville de la dimension d'un plantoir à légumes et destinée à tenir de chaque côté une perche de la grosseur d'une bouteille de vin de Bordeaux et d'environ 2m de long. Ces perches étaient appelées les quenouilles. On y posait les madriers, plateaux de chêne de 6 à 7cm d'épaisseur qui dépassaient du cep dans le sens de la longueur du pressoir. En travers étaient posés les moutons, de la même longueur que les madriers et d'une section de 0,15 x 0,15m. Sur ceux-ci, on disposait d'autres moutons de même section mais de 1m de long seulement. Suivant la hauteur du cep, ces pièces de bois étaient placées côte à côte ou superposées. Tout cet ensemble formait la couverture.
    Au bout des poutres, une vis verticale, à l'origine en cormier ou en chêne vert, commandait la montée ou la descente de la poutre supérieure qui appuyait sur le cep. Suivant que l'on baissait ou que l'on soulevait la poutre du haut, le point d'appui se trouvait situé soit sur les aiguilles avant, soit sur les aiguilles arrière, soit encore sur la vis. Cette vis en bois était commandée à l'aide d'une barre, sorte de longue fourche en frêne, dont les deux doigts de la même extrémité étaient de taille inégale. La vis s'encastrait entre ces deux doigts et était rendue solidaire de la barre par une broche en métal. Petit à petit, la poutre était descendue sur le cep et les aiguilles qui étaient dessous étaient replacées au-dessus de la poutre, toujours en travers des jumelles, par les lumières.
    La vis en bois et son écrou qui, lui aussi, était en bois et en deux parties, disparut au siècle dernier. Elle fut remplacée par une vis en acier coulé à double filetage: filetage à gauche sur une moitié de sa longueur, filetage à droite sur l'autre moitié. Une barre métallique la traversant à la jonction des deux filetages la commandait. Le double filetage permettait d'obtenir une vitesse de pressurage deux fois plus grande. Avec l'arrivée de cette nouvelle vis, un espace plus grand fut disponible dans le local: les poutres purent en effet être raccourcies, car si l'ancienne barre de bois, solidaire de la vis, devait en faire le tour complet, la nouvelle barre métallique pouvait coulisser dans son logement, ce qui permettait de réduire l'espace situé entre la vis et les jumelles avant. Mais c'était aussi la disparition de la partie vivante du pressoir. En effet, les filets des anciennes vis en bois étaient sculptés à la main, le bois n'avait pas la même consistance sur toute sa longueur ( présence de petits noeuds ) et le frottement vis-écrou provoquait au serrage une sorte de grognement. Chaque pressoir avait ainsi son bruit particulier. Le soir, lorsque le calme était retombé sur la campagne, les hommes, après souper, revenaient au pressoir, car il était de bon ton d'y retourner, même s'il n'y avait que peu de travail voire même rien à y faire.

    On ne quittait pas le pressoir avant minuit, après avoir vérifié, à l'aide d'une bougie formée dans une pomme de terre, autour et sous le long fût, que rien ne coulait. On entendait alors grogner le pressoir et ce bruit indiquait qu'il était encore au travail.
    Pour obtenir un serrage maximum, bien régulier, il fallait que la poutre supérieure soit à l'horizontale. Pour ce faire, si une aiguille était trop épaisse, on rajoutait simplement une demie ou un quart. Au serrage, il n'y avait des aiguilles qu'à l'arrière, sur la poutre. A l'avant, la vis faisait simplement arquer les poutres de quelques centimètres et c'est lorsqu'elles se redressaient, que la pression ajoutée au poids de la poutre supérieure faisait sortir le vin du cep. Le liquide s'écoulait jusque dans le jarlot, et de là était mis en fût à l'aide de la canette (ou quenette), récipient cônique en bois, construit de la même façon que les fûts.

    Le lendemain matin, de bonne heure, c'est le retour au pressoir. La poutre du haut est soulevée et calée à l'aide des aiguilles à une hauteur maximum. Les moutons et les madriers sont ôtés du cep qui a été écrasé et qui, maintenant, remplit la maie.

    A l'aide d'un couteau spécial, une bonne tranche de la râpe est coupée tout autour, égaillée à la fourche et rechargée sur le cep. Le serrage recommence.
    Selon l'importance du cep ou la façon dont il s'est écrasé, ce travail est repris deux ou trois fois.
    Puis il faut libérer le pressoir, car de nouvelles basses débordantes de raisins juteux attendent leur tour d'être vidées...
 

Maurice ORTAIS (Conservateur du musée)

 
Liens
Visite du Musée
Facebook
Association
Patois - Traditions - Documents
Expositions-Animations
Visite du Pays de Retz
Facebook