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Pays de Retz
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 Pierre Fréor,  photographe du Pays de Retz 
La photo au début du siècle
Pierre FREOR
(1896-1983)

    Né en 1896, à LORIENT, dans une famille originaire de ST-JEAN-DE-BOISEAU, Pierre FREOR a passé toute son enfance non loin des ateliers de la Marine Nationale, à INDRET, où son père était agent technique. Sa mère dirigeait à St-Jean-de-Boiseau un atelier de couture.

    A 13 ans, il eut l'occasion de découvrir la photographie grâce à un cousin parisien qui venait en vacances à ST-JEAN-DE-BOISEAU et qui faisait sensation dans la commune en prenant en photo les membres de sa famille.

    Après l'école primaire, Pierre FREOR fut reçu à l'examen d'entrée aux ateliers d'INDRET, comme tourneur-ajusteur. Il suggéra à ses parents de lui offrir un appareil photo de qualité plutôt que la traditionnelle bicyclette récompensant les lauréats de ce concours local.

    En 1917, il fut incorporé dans l'aviation et fit la guerre comme agent de liaison motocycliste entre les lignes et les bases militaires du Bourget et de Chartres. Il épousa en 1921 Mlle JAUNATRE, fille d'un cultivateur de St-Jean-de-Boiseau et vint habiter LA MONTAGNE en 1922. C'est là que naquirent ses 4 enfants parmi lesquels le plus jeune, qui porte le prénom de son père, est actuellement, lui aussi, photographe à LA MONTAGNE. Nous lui devons l'ensemble des documents qui constituent cette exposition.

    Pierre FREOR continuait à faire de la photographie après sa journée de travail à INDRET. Souvent, des clients venaient chez lui se faire «tirer le portrait» ; il se déplaçait en campagne à l'occasion des mariages et connut ainsi les plus petits hameaux autour de chez lui. Il acheta sa première voiture en 1927, une PEUGEOT «Quadrilette», ce qui lui permit de transporter des gradins afin de photographier les groupes.

    En 1943, licencié d'INDRET par les Allemands, il se consacra entièrement à la photographie, avec l'aide de sa femme et de ses enfants.

    Esprit curieux, grand amateur d'archives et d'histoire, Pierre FREOR contribua à la création de notre association, les «AMIS DU PAYS DE RETZ» en 1962 et à la fondation de notre MUSÉE, en 1966. Premier Président de la Société d'Études et de Recherches Historiques du Pays de Retz, il a régulièrement fait paraître des articles d'histoire locale et parcouru le Pays de Retz en tous sens, avec son appareil photo, à la recherche des traditions et des vestiges du passé.

    Pierre FREOR est décédé en 1983 à LA MONTAGNE, à l'âge de 87 ans. Il nous a laissé une abondante documentation photographique sur les différents visages de ce Pays de Retz qu'il a tant aimé tout au long de sa vie et dont il a si longtemps fouillé l'histoire. Chaque prise de vue est un témoignage de son attachement à notre terroir, chacune de ses photos est un mot d'amour.
 
 

Pierre Fréor :
Mes débuts dans l'art de la photographie
 
    Dans ma jeunesse existait à St-Jean-de-Boiseau, un garde-champêtre, le père Mainguy, ancien chef de brigade de gendarmerie en retraite. Il habitait seul une petite maison dans le bourg, au carrefour de la route du Landas, et, cousin germain de mon oncle Jean Monier, il vivait dans l'intimité de sa famille. Petit et trapu, le père Mainguy était souvent l'arbitre des conflits nombreux entre particuliers et ses avis étaient toujours imposants pour la gendarmerie du Pellerin. Il arpentait toute la commune, la canne à la main, visitant tous les villages, toujours à pied, bien sûr, et il était en cas de litige, l'intermédiaire entre la municipalité et les contestataires.

    Il avait un fils qui habitait Paris et venait passer quelques jours près de son père plusieurs fois par an. Or, ce fils avait été attiré par les résultats obtenus par les premiers amateurs pratiquant la photographie. Il possédait un appareil 9 x 12, de format courant à l'époque pour les amateurs avertis et, à St-Jean, faisait sensation en photographiant les parents et l'intimité de la famille. Il avait même pris de bons clichés, mais hélas de trop loin, de la célèbre procession de Bethléem.

    A sa mort, j'avais peut-être treize ans à l'époque, mon cousin René Monier m'avait présenté une boîte de plaques négatives 9 x 12 et un châssis-presse servant au tirage des photos, que le fils avait laissés en dépôt chez son père. C'est alors que j'eus la tentation d'essayer de «tirer des photos» et je lui empruntai les plaques et le châssis. Je savais qu'à Indret existait un service photographique pour la reproduction des plans. Ce terme «photographique» était beaucoup exagéré ; il consistait, pour l'ouvrier, à exposer au soleil un plan transparent exécuté à l'encre de Chine, et à le mettre en contact à l'aide d'un grand châssis-presse, pour obtenir le nombre désiré de copies nécessaires au Service Technique, avec deux sortes de papier : le bleu, le prussiate, et le brun en maronnia. Je demandai à mon père de m'apporter des coupes de ces papiers sensibles et j'obtenais des images brunes ou marron des personnages que le fils Mainguy avait pris en photo et que je connaissais très bien. Le traitement et la fixation de l'image étaient obtenus par simple lavage.

    Ma curiosité fut telle que j'entrepris de m'intéresser complètement à cette nouvelle science très peu connue dans mon entourage. Je fis d'abord l'acquisition d'une petite brochure qui m'indiquait les méthodes de traitements pour obtenir, par développement et fixage des négatifs puis par contact avec du papier sensible, des portraits semblables à ceux du fils Mainguy. Je reconnais que le papier d'Indret n'avait rien d'artistique, mais ces premières images étaient pour moi une révélation !

    Je fis alors l'achat à Nantes, passage Pommeraye, mes ressources financières étant des plus réduites, d'un appareil au plus bas prix : c'était, pour vingt-neuf sous, un petit cube en carton bouilli noir, du format 4x4, qui portait la marque «Franceville». Il était fourni avec trois châssis qui pouvaient contenir les plaques sensibles susceptibles d'enregistrer un portrait. L'objectif était une sorte de verre de lunette fixé à l'intérieur de la boîte et dont on n'apercevait, à l'extérieur, que le centre de la lentille. L'obturateur était une petite lamelle de tôle extra-mince coulissant dans deux petites rainures et actionnée par un élastique ordinaire. Et je fis mes débuts !

Cliquez ici pour voir des photos de cet appareil...

    J'avais une grand-mère adorable, la mère de Maman, qui était pour moi d'une bonté et d'un dévouement admirables. J'étais même son chouchou. Elle habitait dans la rue de la Paix, à Boiseau, à 100 m environ de notre maison dans laquelle aucun local ne pouvait servir de chambre noire accessible. Grand-mère Monier avait mis à ma disposition une petite chambre donnant sur le jardin. J'utilisais une vieille table au-dessus de laquelle se trouvait un placard. Cette ancienne chambre à coucher, qui avait conservé son lit, fut facile à aménager en chambre noire, en garnissant la fenêtre d'une vieille couverture.

    Sur la table, je composai mon éclairage qui devait être inactinique, c'est-à-dire sans conséquence sur la composition des émulsions gélatineuses des clichés. C'est une vieille lanterne à bougie, que je recouvris d'une feuille de papier transparent rouge, qui en fit office.
    Une grande tasse et deux assiettes me suffisaient pour mes premières opérations.

    Ne connaissant aucun fournisseur nantais dans cette spécialité, j'obtenais les noms des fournisseurs et fabricants parisiens dans l'hebdomadaire «Photo-Revue» que j'achetais chaque semaine pour trois sous. Je commandai donc les boîtes de plaques «As de Trèfle» 4x4 à 2F, le révélateur «Cristallos» et l'hyposulfite, puis je fis, dans la cour de Grand-mère, mes premiers essais.

    Le support de mon minuscule appareil était... une demi-barrique sur laquelle je le posais, et mes premiers modèles furent Grand-mère, mon frère, ma soeur et certains membres de ma famille, debout devant le mur de clôture.

    En observant les indications de ma brochure, l'introduction du petit châssis, la manoeuvre de la petite tirette qui me servait d'obturateur pendant deux secondes, en recommandant bien à mon modèle de rester immobile, je lâchais l'élastique, refermais le châssis et j'entrais dans la chambre noire.

    Mon révélateur Cristallos, livré en petits flacons et dilué trois fois était versé dans la tasse. Une petite assiette contenant de l'eau servait à rincer le cliché après développement tandis que l'hyposulfite dilué à 200g par litre était le fixateur.

    J'allumais la bougie de la lanterne recouverte de papier rouge, je posais la plaque et je voyais apparaître lentement dans le révélateur l'image négative de mon modèle. Je l'arrêtais quand l'image paraissait complète, puis, après le passage rapide dans l'eau de la petite assiette, je plongeais le cliché dans le fixateur afin de le rendre transparent. Après avoir lavé le cliché dans l'assiette, en renouvelant l'eau plusieurs fois, je mettais la plaque à sécher. J'attendais le séchage complet pour exécuter, par contact sur un papier bleu ou marron, l'image positive de mon modèle.

    J'étais de plus en plus acquis à cette mystérieuse méthode que je trouvais passionnante.

    Le papier d'Indret présentait un résultat peu artistique. Je fis venir du véritable papier photographique au citrate. Alors, j'obtenais, par contact à l'aide du châssis-presse exposé à la lumière du jour, cette image qui, plongée dans le bain virofixeur Cristallos toujours dans une assiette, prenait une coloration violacée-brune assez jolie. La netteté de ce procédé me permettait d'obtenir des portraits fidèles qui, collés sur de petits cartons, faisaient une excellente impression.

    Mes premiers succès m'encouragèrent à persévérer dans cette pratique et je rêvais de posséder un jour un appareil plus perfectionné.

    A ma sortie d'école, à 14 ans, c'est-à-dire en 1910, avait lieu l'examen qui permettait d'être admis à l'établissement d'Indret comme apprenti. Nous étions une soixantaine d'inscrits et les vingt premiers reçus à ce concours devaient être répartis dans les spécialités de leur choix suivant l'ordre de leur admission. Je fus reçu 14ème et admis dans l'option que j'avais choisie : tourneur-ajusteur.

    Or dans les familles ayant une certaine aisance à l'époque, il était de coutume que les parents récompensent le succès de leur fils par l'achat d'une bicyclette. Pour ma part, je confiai à mes parents que je préférais un appareil photo de qualité.

    Je possédais bon nombre de catalogues de fournisseurs parisiens, mais il me semblait nécessaire d'être documenté par une personne compétente sur le fonctionnement et la garantie de l'objet choisi. Or, notre vicaire, qui était l'organisateur de notre patronage et en qui nous avions toute confiance, venait de prendre en photo les jeunes qui participaient au concours de gymnastique afin de nous présenter en cartes d'identité. Il avait pour cela emprunté l'appareil de l'un de ses amis nantais qui procédait ensuite aux travaux de laboratoire. Je lui soumis l'objet de mon désir. Il m'accompagna chez cet ami, M. Thuret, qui tenait un magasin dans le centre de Nantes, peu après Decré. M. Thuret, très documenté et très aimable, fut mon guide et mon conseiller. Il m'orienta vers le choix d'un appareil «Foolding» 9x12 que mon père acquit pour 69F. Son objectif était un rectiligne et son obturateur permettait le centième de seconde et la prise de vue en double tirage. Une merveille ! J'achetai également un pied en tubes télescopiques. J'avais ainsi la possibilité de faire du bon travail. Mes premiers résultats furent cependant assez pénibles mais, enfin, une meilleure qualité suivit.

    Le tirage sur papier se faisait toujours sur «citrate» à la lumière du jour, mais une nouveauté venait d'être commercialisée vers 1913 : le «gélatino-bromure», c'est-à-dire le tirage sur papier gélatiné traité dans la chambre noire comme les clichés.

    M. Thuret ayant cessé son commerce, je fis mes achats chez un pharmacien de Nantes, rue du Calvaire, qui me fournissait ce papier au format carte postale par boites de cent feuilles. Et je formai ainsi ma première clientèle !

    Aucun photographe n'existait dans les environs en dehors de Nantes. Aussi des clients se présentaient-ils parfois à la maison pour être «pris en portrait». Mais il me fallait un site convenable pour encadrer le sujet. Je fis alors l'achat d'un «fond», c'est-à-dire un rouleau de carton extra fort sur lequel un décor avait été peint. Dans la cour de notre maison de Boiseau, sur le mur de l'escalier extérieur, je fixai deux supports. Du haut de l'escalier je déroulais le fond et je le posais sur les supports. Pour camoufler la jonction entre la base du fond et le sol, je piquai une bande de trèfle de jardin. Je me servais aussi d'une sellette, porte-pot de fleurs assez courant, pour permettre à mes modèles de prendre une pose plus convenable et pour leur faciliter le «Ne bougez-plus !», c'est-à-dire la demi-seconde d'immobilité nécessaire à l'impression du cliché.

    Je me rendais ensuite chez Grand-mère pour exécuter les opérations du labo dans la chambre noire. Lorsque le cliché était sec, c'est aussi chez Grand-mère que je procédais à mes tirages sur cartes postales que je vendais 35 sous les six et 3 F la douzaine. Ma si bonne grand-mère ! Rien n'est effacé de ma mémoire. Ce qu'elle a pu être patiente pour supporter tout le tracas que je lui faisais subir pendant toutes mes opérations de tirages ! Je posais d'abord dans la chambre noire le cliché choisi dans le même châssis-presse qui m'avait permis d'obtenir l'épreuve, c'est-à-dire l'image, tirée à la lumière du jour, sélectionnée par le client. Puis, à son contact, je posais la partie émulsionnée de la carte postale, je fermais le châssis que j'appuyais sur ma poitrine pour qu'aucune lumière parasite ne commence à l'impressionner, et je me rendais dans la chambre à coucher.

    Sur le buffet de Grand-mère, je posais la lampe à pétrole et je l'allumais. Je me servais d'une boite à gâteaux comme support de mon châssis, à 40 cm environ de la lampe. Le tic tac de la pendule comtoise me servait de métronome. Pour certains clichés, deux ou trois tic tac suffisaient. Pour d'autres, il en fallait au moins dix : c'était les clichés «durs». J'entrais ensuite dans la chambre noire pour exécuter à la lumière rouge de ma lanterne d'écurie les mêmes opérations que pour le développement des clichés. J'avais pris soin, avant le tirage en série, de faire un essai de temps de pose à l'aide d'une bande de papier découpée dans une carte postale.

    Je terminais par un lavage final dans une bassine posée sur la margelle du puits. Je puisais l'eau de façon courante, le seau de Grand-mère était fixé à une chaîne qui coulissait sur une poulie. Je descendais le seau, le remontais et le vidais dans la bassine que j'avais déversée dans le jardin. Le séchage de ces portraits fixés sur les cartes était simple : j'appuyais ma carte le long de la cloison, elle séchait toute seule.

    Il arrivait que, dans les beaux jours, une clientèle plus nombreuse se présentât. Les commandes qui suivaient, et que je puis évaluer à quelques douzaines, me demandaient beaucoup d'allées et venues de la chambre noire au buffet de la chambre d'exposition à la lampe à pétrole. Alors je demandais le secours de la famille : mon frère Alfred, ma soeur Anna et quelquefois mon cousin Pierre Gautier. J'avoue qu'ils acceptaient sans satisfaction ! Je les récompensais de mon mieux, mais ce n'était pas pour eux une distraction. Ma soeur se montrait moins docile. Lorsqu'au développement l'image apparaissait trop ou pas assez posée, c'est-à-dire lorsque je pensais qu'elle n'avait pas été exposée au nombre de tic tac voulu, je manifestais ma mauvaise humeur qui n'était pas toujours appréciée. Ma soeur posait alors le châssis et claquait la porte. Je devais continuer seul ! Cette comédie a duré assez longtemps et je voulais toujours avoir raison.

    Cela se passait vers 1912-1913 ; j'étais apprenti à Indret. Nous sortions de l'établissement à 17 h et, à la belle saison, je pouvais employer une partie de mes soirées aux travaux photographiques.

    Il arrivait assez souvent, et presque toujours à La Montagne, que l'on me demande de venir à domicile photographier des groupes de famille, des portraits de personnes ne pouvant se déplacer, ou des souvenirs personnels. Je m'y rendais évidemment à pied, n'ayant toujours pas de vélo.

    La sensibilité des émulsions photographiques était telle que je devais toujours faire poser mes sujets 1/2 seconde. Les instantanés au 1/25ème de seconde n'étaient possibles que par grande lumière d'été, grand diaphragme et plein soleil. La rapidité des émulsions était évaluée par les fabricants en H&D. Les plaques Grieshabert étaient présentées en 400 H&D, mais vers 1913 apparaissaient les plaques Crumière dont la couverture de la boîte était illustrée par un aéroplane et mentionnait 5500 H&D, ce qui permettait d'écourter la pose. Mais l'instantané était toujours un problème.

    Je me rappelle qu'un dimanche de régates, au Pellerin, je désirais impatiemment prendre quelques vues spectaculaires des nombreuses barques participantes, particulièrement pendant le survol de cette flottille par l'avion de Maneyrol. J'étais seul, dans la foule, à posséder un appareil photo, mais le ciel était nuageux et la lumière insuffisante pour impressionner la plaque. Je dus y renoncer ! On pourrait aujourd'hui évaluer la sensibilité des émulsions en milliers de H&D de cette époque, mesure délaissée depuis longtemps et maintenant inconnue...

Quelques exemples de clichés du début du siècle

Le Pays de Retz photographié par Pierre Fréor
(26 photos - près de 800k)

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