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Pays de Retz
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Le costume de 1900 à 1945 au Pays de Retz

    1905

    A l’heure du coucher, pépé est prêt à se mettre au lit.
    Bébé dort dans son berceau tandis qu’Euphrasie admire les dessous brodés de sa cousine Ludivine la parisienne. Quel contraste avec son lourd jupon rapiécé de tissus de différentes couleurs!... Ça la fait rêver...
    Peut-être fera-t-elle un beau mariage, elle aussi. Son mari lui offrira alors des dessous en tissus aussi fins et aussi brodés que ceux de Ludivine.

    Les jeunes filles de bonne famille brodaient et cousaient souvent elles-mêmes toute leur lingerie.
    Il fallait beaucoup de temps car le trousseau comptait de nombreuses pièces. C’est peut-être pour cette raison que les femmes entretenaient si bien leur linge, en faisant de très fines reprises, quelquefois les unes chevauchant les autres. L’économie était une qualité primordiale chez les femmes de tous les milieux.
    Le lin de la chemise d’Euphrasie avait été récolté et filé à la ferme, puis envoyé chez le tisserand. La laine des moutons, après avoir été soigneusement lavée, cardée et filée, était elle aussi tissée pour faire les bons jupons qui tenaient chaud l’hiver.
    La couturière venait à la ferme coudre «en journée», ses ciseaux retenus à la taille par une chaîne, dans sa poche, son dé et l’étui de bois contenant les aiguilles. Elle cousait tout à la main et solidement. Les vêtements devaient durer!

    A Paris, la Haute Couture était très florissante à cette époque. Elle touchait seulement les privilégiées qui fréquentaient les salons à la mode et les champs de courses, mais les couturiers exportaient dans le monde entier. Ils profitaient de leur passage dans les grandes villes étrangères pour faire défiler leurs mannequins dans des salons d’exposition où tout l’art français était mis en valeur: les bijoux, les parfums, la lingerie, le linge de maison, la vaisselle, les meubles, mais aussi nos vins.
    Nous avons retrouvé, dans un journal de 1908 «l’Illustration», l’anecdote suivante: lors d’une course à Longchamp, un grand couturier suivait de loin trois de ses mannequins. Il avait le sourire. Les hommes se retournaient et s’attardaient à les regarder, tandis que les femmes, fronçant les sourcils, poussaient leurs maris vers la porte.
    Coiffés de grands chapeaux abondamment garnis de plumes, ces mannequins, serrés au maximum dans leurs guêpières, portaient des robes moulant tout leur corps.
    De couleur bleue, blanche et havane, descendant jusqu’à terre, cachant les souliers, elles s’élargissaient dans le bas, formant une traîne. Si elles étaient très décolletées devant et dans le dos, elles étaient souvent garnies de guimpes montantes plus ou moins transparentes.
     Pour avoir osé braver l’opinion publique, ces femmes touchèrent chacune 5 Louis d’or. (2 500 Francs actuels).

    1911 - De ligne plus fluide, les robes laissaient voir tout le soulier, alors qu’en 1913, on le cache à nouveau.
    1914 - Première guerre mondiale. Les maisons de couture ferment leurs portes et mettent leur personnel au chômage.
    1915 - Les couturiers rouvrent leurs salons et reçoivent leurs collègues étrangers venus choisir des modèles français. On a même vu des Anglais vêtus de leurs uniformes militaires faire leurs commandes habituelles.

    On était loin, au Pays de Retz, de ces extravagances vestimentaires.
    Le costume «des dimanches» se portait pour aller à la messe, aux vêpres et pour les grandes occasions. On mettait aussi la coiffe dont on prenait grand soin. Par temps de pluie, on la protégeait d’un dessus de même forme, fait d’un tissu de coton assez fin. A Bourgneuf, cette protection s’appelait «une birette».
    Aussitôt rentré, on se changeait et l’on mettait soigneusement sa coiffe sur une marotte ou dans une boîte à coiffes (petit coffret en bois). Les vêtements brossés étaient rangés en mettant bien dans leurs plis, tabliers, fichus et jupons.
    Après avoir repris ses hardes, il fallait donc s’occuper, avant qu’il ne fasse noir, de donner à manger aux bêtes et de traire les vaches.
    A la ferme, le travail n’attend pas. Le soir, à la lumière des lampes à pétrole, on tricotait les bonnes chaussettes en laine de mouton pour les hommes et les femmes. On «entait» les chaussettes quand les pieds étaient usés et trop raccommodés. C’est-à-dire que l’on gardait la jambe de la chaussette et que l’on refaisait seulement le pied avec de la laine qui n’était pas forcément de la même couleur que le haut.

    A la ville, pendant la guerre de 1914, le femmes devaient faire face elles aussi, et prendre, au travail, la place des hommes. C’est ainsi que l’on vit, en quelques années, les robes devenir beaucoup plus simples, plus courtes, laissant davantage d’aisance aux mouvements.
    Pour ne pas se salir, il fallait mettre une blouse à manches longues, blanche pour les infirmières, grise pour le travail dans les usines et noire pour les travaux moins salissants.
    Au Pays de Retz, ce genre de blouses, faites de satinette noire avec des plis plats partant d’une platine et retenues à la taille par une ceinture, devaient faire leur apparition beaucoup plus tard, mais ont survécu de nombreuses années.
 
 

    1925

    Après la grand’messe, Thérèse reçoit sa soeur Marceline, la nantaise, qui suit la mode de très près.
Mathurin, lui, est allé à la première messe et s’est changé pour faire le soin des bêtes.
    On prend le café.

    Les années d’après-guerre ont changé les mentalités. Même dans les bourgs, certaines jeunes filles se marient en blanc et à la mode. Jupe courte, taille basse et coiffure enveloppant la tête, le diadème retenant le voile descend bas sur le front (voir en vitrine la robe de mariée de 1920: une soie naturelle, portée par une jeune fille de Saint-Hilaire-de-Chaléons). Les bas sont en fil.

    Marceline, la nantaise, s’est fait couper les cheveux à la garçonne. La robe en crêpe Georgette, garnie de volants, est à la dernière mode. A la ville comme à la campagne, on voit beaucoup de femmes en noir, car le deuil se portait longtemps: deux ans pour les parents, mais il fallait se mettre en noir aussi pour les grand-parents, les frères et soeurs, oncles et tantes, cousins et cousines. Après, c’était la période de demi-deuil qui se portait en gris ou en violet. Le blanc était également permis.
    Thérèse, elle, s’est mariée en 1920 en costume du Pays. Le diadème en fleurs d’oranger sur sa coiffe, à la taille, un grand noeud blanc en mousseline brodée, retombant sur le bas de la jupe avec une guirlande de fleurs d’oranger assortie au diadème. Le marié, en costume du Pays, porte également un petit bouquet de fleurs d’oranger à sa boutonnière (voir la vitrine des mariés, face à celle des coiffes).
    Thérèse porte le même costume que portait sa mère il y a 20 ans et, comme sa mère, elle remet soigneusement fichu, jupon et tablier dans les mêmes plis avant de les ranger. La couturière vient toujours coudre à la ferme.
    Maintenant, elle y trouve une machine à coudre dont la roue est munie d’une petite poignée qu’elle actionne de sa main droite, tandis qu’elle guide son travail de la main gauche (voir le modèle réduit de cette machine à coudre dans la vitrine de l’épicerie).
    On ne file plus le lin à la maison, mais on tricote toujours des chaussettes à la veillée, près du feu de bois, le travail éclairé par une lampe à pétrole.
    Les moyens de transport ont bien évolué. On attelle toujours les chevaux pour aller au village, au marché et dans les environs, mais le chemin de fer et ses voies secondaires amènent les gens des villes sur les côtes et facilitent les déplacements pour tout le monde. On va plus facilement à Nantes.
    Si les automobiles sont encore rares dans les campagnes, les bicyclettes sont de plus en plus nombreuses. Mais il n’y en a souvent qu’une par ferme. Ce sont les jeunes qui s’en servent. La mode va peu à peu gagner du terrain.

    Nous avons l’exemple d’Ernestine qui s’était placée à Nantes en 1924. Elle avait 19 ans et avait quitté coiffe et costume. Deux ans plus tard, revenue à la ferme, elle ne reprend pas le costume mais remet sa coiffe pour la garder... jusqu’en 1944!

    En 1925, Juliette, qui vit à Nantes, porte une robe à taille longue et jupe courte. Elle s’est fait couper les cheveux à la garçonne. Marie-Louise, sa soeur, un an ou deux après, porte une robe qui est exactement de la même forme, mais elle a toujours sa coiffe.
    A noter aussi la longueur de la jupe d’Ernestine, beaucoup plus longue que celle de Marie-Louise.
    Ces différences venaient aussi de l’influence des mères de famille. Le «qu’en dira-t-on ?» était pour beaucoup à la campagne. Certaines mères ne permettaient pas à leurs filles cette mode qui laissait voir les jambes jusqu’aux genoux.

    Les années 30 voient de nouveau les robes descendre jusqu’au bas du mollet.
    Les vacanciers se font plus nombreux sur nos côtes.
    En 1932, c’est la mode du pyjama, en tissu léger. Il fait fureur sur les plages. Les élégantes le mettent le soir pour aller danser au casino. Celui du môle à Pornic, toutes baies ouvertes, permet aux promeneurs prenant le frais d’écouter l’orchestre et d’admirer les couples de danseurs, tous en tenue de soirée.
    L’hiver, les jeunes filles du pays fréquentent ces mêmes casinos accompagnées de leurs mamans. Le tenues sont beaucoup plus modestes. Pourtant il y a, le soir, des robes longues. La grâce de la jeunesse fait oublier la qualité du tissu.
    En 1934, c’est le triomphe du short. Quelquefois de couleurs vives, il est souvent en lin, garni d’un pli dans le bas. Il descend au-dessus du genou, mais est quelquefois beaucoup plus court. C’est aussi la mode du foulard plié en triangle, noué à la taille et derrière le cou, qui laisse le dos complètement dénudé, idéal pour le bronzage.
 
 

    1945

    Dans les bourgs, il n’y a pas de différence de costume chez les jeunes, même si, dans les campagnes, on aborde la mode avec prudence.
    Seules les femmes âgées portent la coiffe et restent habillées de noir jusqu’à leur dernier jour.
    Beaucoup ont conservé l’habitude de porter ces blouses noires dont nous parlions plus haut.

    Ginette, la couturière, qui porte ici une robe authentique de 1945, prépare du travail pour son amie Suzanne, une élégante de Machecoul.
    Les enfants jouent à se déguiser.

    La guerre 39-40 a encore bouleversé le monde. La France est libérée, mais il reste les poches. Celle de Saint-Nazaire, dont la limite continentale , schématiquement, longe la Vilaine et le Canal de Nantes à Brest, redescend sur la Loire par Bouvron, Cordemais, puis rejoint la baie de Bourgneuf par Frossay, La Sicaudais et Pornic.
    Le front est tenu par nos valeureux résistants F.F.I.
    Le pays de Retz sera toujours en partie occupé jusqu’au 11 Mai 1945 à 10 heures, date de la reddition de la poche, dans la Prairie de Bouvron.
    Les trains s’arrêtent à Sainte Pazanne. Les commerçants viennent chercher les marchandises qu’ils ont pu avoir, à vélo, traînant une remorque lourdement chargée, en affrontant courageusement le vent et la pluie froide de l’hiver. Quelques camionnettes à gazogène circulent.

    Ici comme ailleurs, les restrictions se font toujours sentir. Tickets d’alimentation (pain, pâtes, chocolat, huile, etc..., voir vitrine), bons pour vaisselle, batterie de cuisine et linge pour les jeunes mariés, bons aussi pour les chaussures (même celles à semelle de bois), pour les tissus et la laine. Cette dernière est réservée aux jeunes enfants. Ces bons et tickets étaient distribués à la Mairie par tranche d’âge: J1, J2, J3, Travailleurs de Force, etc...
    Dans les moments difficiles, chacun se débrouille comme il peut. Les grand-mères se remettent à filer la laine. Il se vend même des petits métiers permettant de la tisser.
    On réemploie la laine détricotée pour faire des tricots «neufs» à la mode: rayures et jacquard.
    On n’a jamais autant tricoté en France. Les ménagères tricotent en faisant la queue devant les commerces les jours d’arrivage de marchandises rares.
    Les sacs à main, faits par les couturières et les modistes, se font assez grands. Une armature de carton est recouverte de tissu. Dans notre exposition, celui de Suzanne ainsi que son chapeau ont été réalisés par notre modiste du musée.
    Les cheveux, relevés sur le côté, sont ramenés sur la tête en formant de grosses coques crêpées pour donner de la hauteur et de l’épaisseur à la coiffure. Ce volume est quelquefois fait de boucles superposées du plus bel effet.
    La mode s’adapte aux événements. Les jupes, qui se portaient au bas des mollets dans les années 35, se font maintenant aux genoux.
    Les bas de coton avaient déjà commencé à céder la place à ceux de rayonne, beaucoup moins résistants. Ceux de soie étaient réservés à celles qui avaient une bonne situation financière.
    Les socquettes sont très à la mode. On peut en trouver dans les magasins. Elles sont blanches en général, mais là encore les femmes font preuve de goût en assortissant gants et socquettes qu’elles tricotent.
    Pour pallier le manque de bas, certaines femmes se teignent les jambes et se font un trait au crayon pour imiter la couture du bas.
    Dans certains villages du Pays de Retz, on suit quand même la mode avec modération. Il a fallu la fin de cette période mouvementée où l’on manquait de tout, pour qu’enfin chacun puisse donner libre cours à ses goûts et à sa fantaisie.
 
 

    Vous avez peut-être remarqué dans le musée une petite vitrine «de 1900 à nos jours».
    D’une femme autoritaire dans son ménage, on disait: «C’est elle qui porte la culotte!»
    Est-ce parce que les femmes, à la campagne, pendant bien longtemps, n’en ont pas porté? En 1940, beaucoup n’en mettaient toujours pas.
    Pourtant, les culottes de ces dames se mettent elles aussi au goût du jour. Au début du siècle, elles sont larges avec des fronces à la taille retenues par une ceinture boutonnée. Elles sont fendues, les jambes descendant jusqu’aux genoux sont terminées par un volant souvent superbement brodé.
    Peu à peu, elles se ferment et, comme les jupes, diminuent de longueur pour ne plus avoir de jambe du tout. Les fronces de la taille sont remplacées par des pinces, le bas de la jambe se termine par un ourlet souvent ajouré, avec, sur le côté, une petite broderie assortie à celle du devant de la chemise empire ou demi-empire.
    Il y a aussi la nouveauté qui va durer, c’est la culotte «petit-bateau». La chemise-culotte, ouverte devant et dans le bas, se révèle peu pratique et, de ce fait, ne restera pas longtemps à la mode. De diminution en diminution, nous arrivons aux slips actuels. Mon Dieu qu’ils prennent peu de place!!!...
    Nos grand-mères se demanderaient sûrement à quoi ils servent...


La boutique de lingerie.

     Cette exposition, entièrement réalisée par des bénévoles, a nécessité plus de 2 000 heures de travail. Votre satisfaction est pour nous notre meilleure récompense.

Les Amis du Pays de Retz.

 
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